• Rose Morte, T1 : La floraison - de Céline Landressie

    Rose Morte, T1 : La floraison - de Céline LandressieRésumé : France, fin du XVIe siècle. C’est dans ce pays en proie à de terribles dissensions religieuses que se réfugient les Greer, fuyant l’Angleterre élisabéthaine.
    Eileen, seule enfant du comte, est une jeune femme vive et de caractère. Mais son âge avance, et son père la met au pied du mur : elle doit se marier.
    Et c’est en faisant tout pour éviter cette terrible obligation à l’aide de sa fidèle amie Charlotte que Rose fera connaissance d'Artus de Janlys.
    Le séduisant et mystérieux comte l’entraînera dans un univers dont elle ne soupçonnait pas l’existence, où les crimes terribles qui secouent Paris trouveront une explication apparemment inconcevable, mais bel et bien réelle...

    « En espérant que cet ouvrage sera digne de l’intérêt que vous lui portez. » Voici une phrase écrite sur la dédicace faite par Céline Landressie sur mon exemplaire de Rose Morte, lorsque je l’ai acquis aux Imaginales d’Epinal 2013. Ce livre, je ne l’ai pourtant lu qu’il y a un an. Et je réponds seulement maintenant à cette dédicace : oui, ce roman a parfaitement satisfait mon amour pour la véritable lecture vampirique.

    A noter cependant que le terme « vampire » n’y est jamais mentionné. Rien d’étonnant à cela, n’en déplaise à certains qui l’utilise à tord et à travers, le mot n’existe pas avant le XIXe siècle et ce cher Abraham Stoker. Le récit se déroule à l’aube du XVIème siècle, le choix de l’auteur suit donc la logique historique. Les créatures de la nuit sont donc décrites ainsi : « Ni démon, ni homme. Juste une créature… Une chose ni morte, ni vive, étrangère à tous les mondes, et qui n’a d’existence que dans les ténèbres… »

    Petite aparté sur ce que sont, pour moi, les véritables vampires… Mon blog étant récent mais mes premières lectures anciennes je n’ai pas encore tout fait partager ici. Mais la littérature vampirique a contribué à ma frénésie littéraire actuelle et correspond aux tout premiers « vrais » romans que j’ai lu. J’en imagine froncer les sourcils… par « vrais », j’entends par là le moment où j’ai découvert les grands auteurs en dehors de mes petites « lectures jeunesses ». J’avais dix ans quand j’ai lu mon premier livre d’Edgar Allan Poe, douze ans quand j’ai découvert Dracula, de Bram Stoker. A cette époque, j’ai lu tout ce qui était possible de lire sur le sujet. Le nouvel essor actuel aurait pu me satisfaire, mais j’ai vite déchanté. Car pour moi, le véritable vampire ne marche pas au soleil (et donc ne se transforme pas en boule à facettes à son contact). La véritable créature de la nuit est un prédateur, pas un animal domestique, et nous, pauvres mortels, sommes ses proies, rien d’autre. « Tu sais, ce que tu sais de notre espèce à travers les livres ou les films, c’est faux. En réalité nous sommes des gens très bien. » Cette phrase et ses variantes, que l’on voit écrite dans presque tous les romans « du genre », je la déteste, qu’on se le dise !
    Il était temps de voir réapparaître dans notre littérature contemporaine, les dignes descendants du comte Dracula, de Carmilla et de Lestat. A la lecture de Rose Morte c’est une certitude : Je partage la même idée que l’auteur sur ce que « doit être » un vampire.

    Et Artus de Janlys pour moi, peut prétendre au titre. Bien sûr, l’écriture de Céline Landressie n’est pas une écriture purement romantique du XIXe, ni ne reflète une ambiance purement gothique qui serait inappropriée peut être. Et pourtant, l'esprit romantique est là, avec une touche plus moderne. Rose Morte a aussi le « style » d’un bon roman historique en employant le vocabulaire adéquat et en faisant parfaitement correspondre ses personnages aux manières et aux codes de l’époque à laquelle se déroule l’histoire. Comme en plus, j’ai un faible pour les romans historiques, vous aurez sans doute compris que j’ai aimé ce roman.

    En commençant la lecture, et en imaginant qu’on ne sait rien de ce roman avant de l’acheter, rien ne laisse présager la part fantastique qu’il contient. On y découvre en premier lieu le contexte politique des guerres de religions, entre catholiques et protestants. Lord et Lady Greer fuient alors l’Angleterre pour la France avec leur fille nouveau-née.
    Une fille qui vingt-huit ans plus tard, commence de l’avis de ses parents (et de son époque), à être trop vieille pour être mariable. Mais Eillen, ou plutôt Rose, comme elle préfère se faire nommer, n’entend pas se faire marier par obligation. La jeune Lady Greer n’est clairement pas le genre de femme qui se laisse dicter sa conduite, elle est un peu hors norme par rapport à la société qui l’entoure, et pourrait même être qualifiée d’immorale.
    Lors du bal au cours duquel elle doit rencontrer son futur fiancé, un deuxième homme retient son attention… et là, la part « mystérieuse » commence à faire surface. Le comte Artus de Janlys exerce sur elle un véritable pouvoir hypnotique, les gens autour de lui sont facilement envoûtés ou semblent perde toute capacité à résonner convenablement tant il sait manier les mots. La façon dont il écarte Chaumontel de ses obligations envers Eillen étant un exemple parmi d’autres.
    Mais l’homme disparaît sitôt que le jour est sur le point de se lever.

    Artus est donc l’archétype (ou presque, tout n’y est pas) de la créature de la nuit. Il est doté d’une beauté parfaite, il se doit de pouvoir charmer ses proies et au besoin, il peut sans mal les hypnotiser pour les plier à sa volonté. Comment ne pas douter de la sincérité de l’attirance que ressent Eillen/Rose ? C’est d’ailleurs par la ruse qu’il va l’entraîner dans son monde, elle ne l’acceptera pas aussi facilement qu’il l’aurait sans doute espéré. Un choix qui montre que le comte de Janlys n’est si parfait, il a ses défauts, ses faiblesses aussi.

    Parlons des créatures nocturnes de ce roman. La hiérarchie choisie par Céline Landressie m’a fortement fait penser au jeu de rôle Vampire : The Masquerade (très brièvement adaptée à la télévision pour seulement 7 épisodes, sous le titre Kindred : le Clan des maudits (Kindred: The Embraced) – brutalement interrompue par la mort de l’acteur tenant le rôle principal). Je ne sais pas si la référence est voulue. Mais le concept des cinq familles, chacune dotée de capacités qui leur sont propres, chacune dirigée par un Héritier, rejoint l’idée de base de la Mascarade.
    Les Lamies m’ont donc fait penser – mais de loin quand même – aux Nosferatus, et les Arimath peut-être aux Ventrues… je cherche encore pour les autres…
    On retrouve aussi le principe des servants humain - sortes d’esclaves volontaires mais peut-être moins influencés tout de même que le personnage de Renfield dans Dracula – et des infants. J’ai apprécié aussi le personnage assez inattendu mais tout aussi mystérieux d’Adelphe, le frère d’Artus, qui n’est pas totalement passé de l’autre côté mais est malgré tout un servant à part entière, servant de « couverture » à son noble frère pendant la journée. Les quelques bribes de leur histoire familiale ont suffisamment piquées ma curiosité, je veux en savoir plus.

    Rose Morte, T1 : La floraison - de Céline LandressieAutre point fort de ce roman, c’est qu’à l’inverse de la tendance actuelle, ce n’est pas un flot continu de romance à n’en plus finir qui engloutie une petite histoire de fond. Au contraire, l’accent est mis sur l’aspect fantastique, le contexte historique, assorti d’une véritable enquête par rapport à la famille de Rose et les secrets cachés par son père. La romance est très présente mais n’est pas - c'est mon impression - le pilier du récit et du coup ne noie pas l’intrigue, fort heureusement sinon ça n’aurait pas été un roman fantastico-historique. Les liens qui se tissent entre Rose et Artus sont plutôt exploités de manière à nous faire découvrir l’univers dans lequel évolue Artus par le biais de Rose, nouvelle venue dans le monde de la nuit. Un monde dont elle ignore encore tous les codes. De fait c’est dans ce premier volume, une relation « sage », tout en étant véritablement passionnée, suffisamment pour faire rêver, et qui ne dessert pas l’histoire principale. J’ai vraiment apprécié, et ai d’autant plus savouré ma lecture.

    En général, je cherche toujours a trouver des petits points négatifs qui auraient dérangés ma lecture, sans jeter d’autres fleurs à Rose Morte, je n’en ai pas vu. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, tout dépend de l’appréciation de chacun, peut-être que j’en trouverais en relisant, ça peut arriver.

    Je lirais bientôt le deuxième livre de cette pentalogie, « Trois Epines » que j’ai acheté l’année dernière, toujours aux Imaginales. En attendant je ne vous conseille qu'une chose : Lire ce livre.


    Éditions disponibles : "L'homme sans nom" (Grand format) et plus récemment "Milady", pour un format poche.

    Pour en savoir plus : Blog de l'auteur


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